35. JE NE ME SAUVE PAS
dans le coin du jardin
je devine une tombe
plus loin dans le fossé
le renard fiévreux me regarde
et meurt
un peu plus tard
58. JE N'OUBLIE PAS CES FAITS DIVERS
deux gendarmes
sont victimes de contusions
dans un accident
qui coûte la vie
à deux vaches
un chasseur
tue un fleuriste
qu'il prend
pour un sanglier
Notre ami et soutien Alain Jégou vient d'obtenir le prix du Salon Livre et Mer de Concarneau pour son dernier ouvrage paru chez Apogée, "Passe Ouest suivi de IKARIA
LO 686070".
Pour en savoir plus : http://www.salondulivremaritime.com/prix2008.html
Nous rappelons l'entretien que nous avons publié avec Alain Jégou dans le premier numéro de trémalo en novembre 2006.
Respect !
Les coups de feu
n'importent plus, murmure-t-on, en feuilletant, la tête ailleurs, ce que l'on avait pris autrefois pour le programme de la fête,
Du village ou de sa planète, et l'on se rappelle soudain ce rond rouge, cette parfaite éclaboussure, qui faisait tache et semblait battre à l'autre bout,
Du tunnel de zinc ou au fond du trou. Les coups de feu ne déchirent plus vraiment, par les temps qui s'immobilisent ou courent trop vite,
L'effet recherché, le brouhaha ni le silence, les victimes ne sont que chiffres ronds sur le papier, la mort obéit au marché, n'enfreint pas les lois
De la concurrence et se négocie à son juste prix. Et l'on découvre donc qu'en croyant viser au front cette face qui illuminait le miroir,
Le ciel et la piste de cirque, on ne parvient qu'à cribler sa vie de verre et d'éclisses, fragments de fenêtres sans doute, à trouer ses désirs anciens,
Et l'on découvre que l'on ne prend jamais pour cible qu'une banale image de pigeon et quelques cercles concentriques sur un carton de tir forain.
14 juillet - Dehors ça défile. On entend les flonflons, le bastringue. Un alignement d'hommes là-bas. On cherche la fête qui n'a pas lieu alors on improvise avec des boîtes vides, des ballons, du
sucre d'orge, du vin. Beaucoup de vin. Quelqu'un demande où sont les clowns. On lui montre un détachement de cavalerie, sorti du manège. On tourne en rond, ça se traîne, ça n'en finit plus. Des
gens filemnt ça sur un fond rouge et bleu.
J'éteins la T.V. Je sors du spectacle.
Quelque part, dans les champs qui bordent la Garonne, m'attend la colère noire du coquelicot.
(publié en juillet 2003)
les autres notes :
Keineg - Boudier
www.tremalo.com/article-16244806.html
Alle
www.tremalo.com/article-14933879.html
Berthelom - Rustéphan
Massénat
www.tremalo.com/article-11337990.html
Gicquel
www.tremalo.com/article-11125990.html
La ligne de nuit qui partage les collines
a partagé ma vie
entre le lion et rien, la mer et les provinces
La ligne de feu qui traverse la lumière
a traversé le coeur des grands oiseaux lassés
des forêts et des crânes, des glacis, des lassos
Dimanche 9 septembre 2007
Facile de dénoncer chez les goélands un vouloir-vivre de décharge municipale. Qui les suit des yeux après que le soleil s'est caché acquiert la certitude que ces oiseaux remués en altitude sont de
notre destin. Ils portent le petit nom des morts serré dans les plumes. Garder les yeux sur les goélands dont la cohue s'allonge jusqu'aux îles.
(section :
K/,ou les petites lumières)
Editions Le temps qu'il fait, 2005
La sensation de fraîcheur sur mon front devient à présent déplaisante, humide, et le soir est tombé sur le jardin, effaçant les arbres dans l'obscurité comme l'image de Gabrielle s'estompe peu
à peu alors que sa main cherche à me caresser. Mais, venant des profondeurs, une main plus petite, et plus forte cependant, m'entraîne vers des lieux familiers, des plateaux reconnus, une main
qu'au cours des années je n'ai jamais lâchée, même si mes doigts se sont peu à peu déformés de ne serrer que du vide, même si mes bras se sont épuisés à n'étreindre que l'absence.
Les éditions de Minuit (1993)
"J'affirme que ceux qui
condamnent les tumultes advenus entre les nobles et la plèbe blâment ce qui fut la première cause de la préservation par Rome de sa liberté : ils accordent davantage d'importance aux rumeurs et aux
cris que causaient de tels troubles qu'aux heureux effets que ceux-ci engendraient. Ils ne considèrent pas le fait que, dans toute république, il y a deux humeurs différentes, celle du peuple
et celle des grands, et que toutes les lois favorables à la liberté procèdent de leur désunion."
Livre I, chapitre 4, traduction Thierry Ménissier.
Source image :
http://www.universalis.fr/images/corpus/medias/mini/v11/musee.swf/mu980123.jpg
"Renan qui connaissait tout de même son pays, n'a pas craint d'avancer qu'en Bretagne ils y a des saintes et des saints de la luxure et de l'ivrognerie. Non pas que ces vices aient jamais valu à
personne une canonisation même populaire. Mais si, par delà le vice, souvent à sa racine, on démêle une sorte de détachement de la vie, un dégoût de soi-même qui n'a pas su se traduire d'une façon
utile et morale, si l'on y retrouve également un élément d'altruisme, qui ne demeure pas étranger à la charité chrétienne, alors l'étrange formule cesse d'être un paradoxe."
Les Bretons, Essai de Psychologie et de Caractérologie Provinciales, Stéphane Strowski, Plihon éditeur 1952
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