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pierre peuchmaurd, benjamin duval, la cuisson des haricots, remplir ce qui est vide, tite-live, alain jégou, hôtel à pont-aven, poésie à rochefort sur loire, vider ce qui est plein, roger lahu, christ vert, nain jaune, etc, etc.. 

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Lundi 14 avril 2008

Pierre Peuchmaurd est un auteur aux mains de poulpe ; qu’il leur présente Maurice Blanchard pour la collection Poètes d’aujourd’hui chez Seghers en 1988, qu’il leur livre son frémissant poème Lisière lumineuse des années chez L’air de l’eau en 1997 ou bien qu’il rassemble les extraits de la littérature qui ne le quittent pas dans l’Encyclopédie cyclothymique chez Cadex en 2000, ses lecteurs savent à l’avance qu’ils ne pourront échapper aux crampons magiques, aux aimants de l’écriture aimée. Oui, dans le cas de Peuchmaurd, on peut évoquer ce sentiment pour ses écrits, formant la parallèle à cette vie de lecteur, ce « chien sédentaire ».

111 haïku ici font croître le réel, lui ajoutent un poumon entre deux artères du rêve : Fouillée par le sanglier/au matin/la terre est rêveuse. A la lecture de ces vers, je ne comprends pas que les lectrices de ce pays ne se jettent point encore sur le seuil de sa porte…

On est aussi très ému d’y puiser parfois la communauté de nos interrogations : Le rouge-gorge/te regarde/Est-ce qu’il te voit ?  On aimerait répondre par l’affirmative, on doit répondre.

Ces poèmes écrits au fond de l’hiver de la vie de l’auteur évoquaient déjà les visiteurs de l’été, il faut bien que les proies renaissent, un jour plus clément, à seule fin de satisfaire l’appétit de la buse.

 

par Trémalo publié dans : notes de lectures, critiques communauté : Poésie française
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Vendredi 14 mars 2008

Bien sûr on reçoit depuis des années un Wigwam avec une curiosité renouvelée, aussi, on connaît un peu la poésie d’Emaz, celle par exemple qui touche nos points cardinaux à force d’effleurements et d’attentes. Mais cette fois, avec ce « Sur la fin », d’une lecture rapide, on sort essoufflé, renversé comme rarement sur le flanc emprunté par le cheminement de la pensée de l’auteur. Une seconde lecture, puis d’autres, font apparaître le recul immédiat de qui parle ici, confronté au grand sentiment filial qui épuise habituellement tant de littératures idolâtres, tant de faiseurs d’amour absolu pour leur origine.

J’aime à imaginer Antoine Emaz construire, texte après texte, ces murets de bûches que l’on trouve dans la campagne, au bord des talus, fasciné par la tenue finale d’un ensemble qui aura nécessité une lutte sans merci avec l’arbre à oblitérer. Cela permet ainsi au lecteur qui passe de subtiliser un peu de ce bois qui éclairera son foyer. La flamme est violence, pourquoi donc ici apaise-t-elle ? La lecture répétée de ce Sur la fin alimente le bouleversement de celui qui reste et s’approche de celle qui s’éteint..

(in trémalo 1 novembre 2006)

par Trémalo publié dans : notes de lectures, critiques communauté : Poésie française
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Samedi 2 février 2008
Là, YB, il est dit : « évidente modernité » Ici, PK, on cite : « De la marge, du rebond, du défaut, rien à dire ».
Là, « la guerre est à ma porte/ l’ennemi/ dicte sa loi  »
Ici, « Aujourd’hui on suit d’un œil de verre les guerres de mouvement »
 
Ah, là la leçon c’est du jaune dans l’herbe, et ici, on décrasse les bougies à tâtons.
 
Cette étude est difficile et n’a guère d’intérêt fondamental. J’aime bien, là, « l’ouvrage démenti/ un rameau d’olivier coupé vert », m’étonne – lubie ?, de l’emploi réitéré du mot capitalisme par ici. On dit aussi que fait peu de mots et que c’est le pas là qui importe et fait corps.
 
Keineg paye ici la note de l’ex « blond, serviable, léger et spirituel » qu’il fut de son propre aveu, Boudier se voit là pour sa part tel un satellite « au-dessus du monde désempli ».
 
passe la main et Pas là vous embrasse sur la bouche.
 
Bien sûr, coûte 12 euros et Keineg 17. Pas là fait 159 feuilles et Boudier 63. Je n’ai pas le courage de calculer le rapport. Deux mots peuvent faire cendres et cinquante reverdir.
On règle des comptes lorsque l’on écrit de la poésie. Paol Keineg feint de n’avoir rien à en dire, Boudier exulte lui ici ou là. Rien à comparer, tout est dit. La « langue des mauvais jours » ici, celle des « jours de mars » là. Généreuse, la langue.






les autres notes :

Keineg - Boudier
www.tremalo.com/article-16244806.html
Alle
www.tremalo.com/article-14933879.html

Berthelom - Rustéphan


Massénat

www.tremalo.com/article-11337990.html
Gicquel
www.tremalo.com/article-11125990.html

par Trémalo publié dans : notes de lectures, critiques communauté : Poésie française
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Mardi 25 décembre 2007
L’auteur remercie à la fin de l’ouvrage Chrétien de Troyes, entre Gustave Eiffel et Marco Polo, entre bien d’autres – Fatima Waddi, Nicolas l’arrière-grand-père breton.
 
Gérard Alle est un « fils de » avant d’être un homme.
 
Du moins son Lancelot, héros à facettes incrusté dans l’identité d’un autre fils, disparu. Sorte de Bernard l’ermite, pagure échoué à Agadir, trop frêle pour sa coquille, galopant vers la lame d’un océan qui pourrait contenir à peine toute sa généalogie. Il ne cesse de vouloir vieillir, courir tous les risques, se défaire de cet héritage des « salopards ».
 
L’autre, et son père, et sa mère, c’est un « monde possible » (Deleuze), mais lorsque ce dernier l’abandonne, on va boire son lait colonial, on abhorre le tutélaire.
 
Ce livre, poutre première de l’arbre Lancelot, n’est guère racontable dans sa langue, son espace. Je vois un ring, un trois-bandes et des trous, et l’arbitre, donc Gérard Alle.
 
Celui-là, il a du mal quand même à siffler une fin de partie (me direz-vous à raison c’est normal pour un premier tome…), j’observe d’ailleurs qu’il est incapable de se suicider –tout de suite, devant tant d’adversité issue de la perte initiale, en gros il ne tombe pas dedans. Mais quoi ?
 
Lancelot jouit de n’être pas déjà mort, il cambriole du passé recomposé.
Quelqu’un qui écrit –là, je parle de Alle : « le fiston se lassa du thé et se mit à tâter de la gazelle. Et c’est la bonne encornée qui se retrouva avec une poupée dans le tajine », ce quelqu’un ne peut décemment qu’apparaître comme un gentleman.
 
Tout ceci tient bien évidemment du roman, je laisserai d’ailleurs, et pour clore, le soin à 
l’auteur de nous dire ce qui de lui arrive là du fournil originel.


(publié dans trémalo novembre 2007)
par Trémalo publié dans : notes de lectures, critiques communauté : Poésie française
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Dimanche 29 juillet 2007
Il nous faut signaler la parution de ce livre-revue d’un genre un peu particulier sur un sujet quasi-inépuisable : les galettes et les peintres de Pont-Aven. L’auteur se présente comme un porteurs d’histoires qui souhaite ici en pointer leurs détournements, en briser les confiscations. En effet, dans cette bourgade aux allures de contes de fées (passerelles, bosquets, bois d’Amour, chaos), on vit sous le règne de la marchandisation des symboles. Gérard Berthelom rappelle justement la pure invention d’une « école (dite) de Pont-Aven » en matière d’Art, lieu pourtant imaginaire où l’éducation des amateurs se fait à marche forcée. Il y décrit l’évolution de la cité depuis le début du 19ème siècle jusqu’à nos jours, en quelque sorte des cours de l’auberge à la Maurice Chabas jusqu’aux expositions de Marcel Gonzalez, en passant par le crabisme, les tachistes ou encore le groupe Coltar. Etude fouillée mêlant topographie, sociologie (Pont-Aven la libertaire au milieu des pieux), et même économie, l’ouvrage de Gérard Berthelom réveille la libre critique de l’Art qui s’est éteinte dans la ville depuis la folie immobilière qui s’en est emparée. Aussi, le camping-car est devenu l’avenir de l’homme, il regorge de galettes nouvelles. Cet ensemble est par ailleurs remarquablement documenté 
(trémalo mai 2007)
par Trémalo publié dans : notes de lectures, critiques communauté : La Bretagne
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Dimanche 15 juillet 2007
Pierre Peuchmaurd a bien raison, dans sa préface à l’ouvrage, de nous dire : «quelqu’un qui ne parle pas pour ne rien dire est une menace, je suppose qu’on en conviendra ». Insupportable Massénat ! Effectivement, il lui a d’ailleurs fallu bien du temps (et de sollicitations de l’éditeur, le suppose-t-on !) pour accepter de se découvrir à ce point dans cet ensemble publié, enfin, chez un éditeur visible. Oui, car l’amour qu’elle contient, cette insupportable, n’est pas exprimable par d’autres. Du moins n’est-il pas bienséant de le commenter. Apercevoir une paix, un épanouissement dans la tempête du verbe n’est pas chose aisée. Tant mieux. Nous ne sommes pas vivants pour nous complaire dans l’érotisme courtois du jardinier frappé de nanisme.
Je ne sais pourquoi, la pourriture peut-être joignant le sublime, la poésie de l’auteur me fait penser ici à Charles. C’est bien cette géante difforme qui m’accompagne à la lecture du texte, sur le sein duquel je me reposerai la lecture terminée, une fois le miroir brisé d’un coup de tête.
                          Alice Massénat représente autre chose qu’une poète à lire, voilà bien 
                          la différence dans son    cas. Elle est même autre chose qu’une parole. 
                          C’est elle la petite bête qui nous vient avant chaque baiser que nous 
                          n’osons donner à l’inconnu.
par Trémalo publié dans : notes de lectures, critiques communauté : Poésie française
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Samedi 30 juin 2007

Enki Bilal, sur les ondes de France Inter semaine 28 lançait : « Proposer une pizza à sa copine, c’est le degré zéro de l’engagement artistique » (au sujet de la chanson de Benabar, victoire de la musique avec « Le diner »). J’entends cela au moment où je me décide à stopper l’attelage sur le seuil du joli recueil de poème du bon vivant que fut, que sera Roger Gicquel. On n’est pas chez les maudits non plus, même si l’on roule les crêpes du Pays Bigoudens dans la suze, non plus aux confins du mystère animé des manèges célestes, encore moins à l’unique pied du mât de cocagne surréaliste.

Cependant, il y a ce texte, A José (T’avais, avec tes bœufs, retourné cette terre/ que mille et cent tracteurs ont fouillée après toi/ plus vite en une journée que toi en toute une vie/ en écrasant tes haies, tes talus, tes ruisseaux), José, personnage de style Ramuz peut-être, confondu lui aussi par cette « hauteur d’homme » si chère au grand écrivain suisse.

Roger Gicquel aime donc le contact physique, et ça bouleverse les idées reçues des minots si prompts à l’échafaudage des glaciations de ses contemporains hérauts, dont je dois alors être, malgré une éducation, somme toute légèrement embuée de Get 27 et de cigarettes avec des ailes aux casques, époque bénie des vingt heures de mon monde d’alors.

Aussi, dans « Retourné », il y a le paysan qui sommeille – qui certes ici parfois entraîne le lecteur sous son édredon, celui qui incante, appelle, comme une mère rabrouant du bec ses oisillons mal lunés. Favorable cela va sans dire à une « Bretagne rassemblée », malgré les labours incessants des mixités, les socs intrépides de la modernité. Bretagne qui n’a de rassemblée qu’en ses désirs de singularisme.

               Les voies de la mélancolie sont impénétrables.
                    
                    (numéro de mai 2007)
                    rogergicquel.jpg
par Trémalo publié dans : notes de lectures, critiques communauté : Poésie française
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Jeudi 7 juin 2007
figures-markowicz.JPG

André Markowicz s’est regardé dans le ruisseau : son visage fait des vaguelettes. On a beau traduire Dostoïesvski, Tchekhov, Gogol et j’en passe, on en est pas moins trahi par le vide laissé par les banquises étrangères qui fondent inexorablement aux marges du vinojenn cher aux pêcheurs du dimanche. Le poète aimerait cet Aven polaire. A force d’emplir, croit-on, sa vie de signes et d’arborescences, on « a des yeux/ qui ne se ferment plus/c’est le début de la convalescence », et partant « on peut choisir de vivre dans sa voix » ; on n’a jamais bien compris pourquoi l’humain est « trop ».

Trop fort, oui, ce moi si susceptible de se fendre, d’éclater en cendres, d’exploser en un vol douteux malgré le doute même d’être sur la bonne piste. Bien sûr, il faut « se vouloir », se sentir habité par ses nerfs, ses cris, sa saga personnelle, son royaume d’inutile.

Marko, comme le surnomment certains, se ressemble, ici, dans ses Figures. Cet ensemble est son premier livre de poème non traduits. Je ne sais dans quelle mesure cette information est utile. Chaque langue sécrète ses beautés, ses étrangetés, ses défaites. Les éclaireurs ne sont jamais signe de reconnaissance, ou si peu, ou si loin.

Et puis, la figure dévisagée, guettée, créée de toutes pièces, dans quelle case la déposer, l’enjoindre de donner sa position ? L’écriture est là, mate. Même Dieu n’est pas à soi, c’est dire la vacuité de ses maquettes.

On assiste, lecture faisant, à la naissance, tour de force, passage de haies, du livre inédit de celui qui « dit la suite, de/ quels décombres réchappé, / de quelles fuites, quels / milliers de relecture – «, sauvé presque des eaux de la traduction, sauvetage dont le solde reste à écrire.

Cette image : « L’ange est autour de vous / sans parapluie » poursuit le lecteur attentif, ce même jusque dans les rêves d’André Markowicz. 

par Trémalo publié dans : notes de lectures, critiques communauté : Poésie française
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