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Dimanche 1 juillet 2007



Dans le paysage mental des habitants de cet homme un homme imagine le paysage mental d’autres hommes.

 

Sur le marché de Pont-Aven un couple de mésopotamiens propose des fruits anti-datés. Les bœufs qui tirent du halage leur amour des chênes bleus font d’idéaux suspects. Ce n’est pas l’avis des chevilles au zinc de leurs jumeaux, pour qui les festivités de l’envol des mâles stagnent douloureuses à la surface de leur bière.

Dans le jardin de celui qui ne sait pas mourir le lampyre est à la mesure de la gueule du loup en pleine mastication. Il verse lumineux dans verser à l’ombre. Son corps n’est pas un corps, ni même un autre corps, tout juste s’inscrit-il dans la classe des lamproies qui se seraient inventé leurs dents.

 

Japonisant dans le paysage mental des habitants de cet homme, la petite centaurée veille un nuage de chair, celui du mot. Il y a des brigades latentes pour la lettre à l’idole manquante. Mes jumeaux me prédisent la foudre si je lui jette des pierres. Le cadavre du mot a ses amateurs, mes chiens l’ont repéré. Hors de ses talus, il ne saurait que fendre.

 

Deux pélicans se détruisent les mâchoires dans un baiser long comme pour la pluie se forme le premier voile. Il y a une histoire du mot, comme par l’éclaircie s’ouvre enfin la palourde endormie par trop de bastilles.

 

Du carré de ses biens sont bâties les cloches d’Our. Au centuple la chair s’est décuplée ainsi qu’un requiem tout avril.

 

Dans le paysage mental des habitants de cet homme les guerres se succèdent à un rythme insoupçonné du commun, des lièvres détalent sans qu’il bouge d’un crin d’hongre. C’est comme labourer le champ avec les ongles. Mais ceux-ci sont plus longs que son corps, que tous les corps communs sur le même champ. Chaque instant est retournée la reine des ajoncs d’or : mille abeilles butinent cet homme dans tous ses membres. Ultra fécond pour la balle il n’y voit goutte en méandres, il n’est que sources.

 

Ses heures de gloire s’égrènent en lui comme autant de figurines poudrées débondant des sablières. Elles sont entre deux eaux le bois pour son flottement, le combustible pour l’envol de ses effraies. Les ampoules de la chapelle réclament leur monnaie, sous peine de toile noire au fond des globes. Il fond sur les heures avant qu’elles ne bougent, ne meurent insérées dans le linteau décapité.

 

Nous poursuivons notre marche vers les hauteurs du Bois d’Amour d’où neigent un peu de ces petits miracles orientaux qui vous réduisent à l’état du pèlerin absurde, celui qui parle aux oiseaux et qui a donc un peu mangé du cœur de sa mère, pratique aujourd’hui rejetée par ceux qui ne jurent que par ce qu’ils voient devant eux. C’est comme si l’on avançait que la théorie de l’évolution s’était installée dans une direction précise. La leur en l’occurrence puisqu’ils ont depuis longtemps perdu l’usage de leurs yeux à facettes.

 

Sur les bas-côtés de la route mentale qu’empruntent les habitants de cet homme, l’on entend à peine les pleureuses suspendues à ceux d’entre elles en bordée ou faisant route pêche pour la sole ou le maquereau, comme filets de mots arrachés à la commissure des lèvres, l’air pilé de la houle et la force du moteur se chargeant dans la même foulée de les leur ramener à la gorge.

 

Tout autant, assis dans un banc, sur une toile de Tirilly.

  

Benjamin Duval (septembre 2006)

  

Jean Tirilly est né en 1946 à Léchiagat, modeste port de pêche en Finistère.

Il est exposé en permanence au Musée d'Art Spontané à Bruxelles,  dans la Collection de l'Art Brut à Lausanne, en Suisse à la Galerie Benoot à Knokk Le Zoute, à la Galerie Jakez à Pont-Aven et chez  Biz'Art-Biz'Art, dans le Jura.

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par Trémalo publié dans : Textes "autour d'un peintre"
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Samedi 30 juin 2007

Enki Bilal, sur les ondes de France Inter semaine 28 lançait : « Proposer une pizza à sa copine, c’est le degré zéro de l’engagement artistique » (au sujet de la chanson de Benabar, victoire de la musique avec « Le diner »). J’entends cela au moment où je me décide à stopper l’attelage sur le seuil du joli recueil de poème du bon vivant que fut, que sera Roger Gicquel. On n’est pas chez les maudits non plus, même si l’on roule les crêpes du Pays Bigoudens dans la suze, non plus aux confins du mystère animé des manèges célestes, encore moins à l’unique pied du mât de cocagne surréaliste.

Cependant, il y a ce texte, A José (T’avais, avec tes bœufs, retourné cette terre/ que mille et cent tracteurs ont fouillée après toi/ plus vite en une journée que toi en toute une vie/ en écrasant tes haies, tes talus, tes ruisseaux), José, personnage de style Ramuz peut-être, confondu lui aussi par cette « hauteur d’homme » si chère au grand écrivain suisse.

Roger Gicquel aime donc le contact physique, et ça bouleverse les idées reçues des minots si prompts à l’échafaudage des glaciations de ses contemporains hérauts, dont je dois alors être, malgré une éducation, somme toute légèrement embuée de Get 27 et de cigarettes avec des ailes aux casques, époque bénie des vingt heures de mon monde d’alors.

Aussi, dans « Retourné », il y a le paysan qui sommeille – qui certes ici parfois entraîne le lecteur sous son édredon, celui qui incante, appelle, comme une mère rabrouant du bec ses oisillons mal lunés. Favorable cela va sans dire à une « Bretagne rassemblée », malgré les labours incessants des mixités, les socs intrépides de la modernité. Bretagne qui n’a de rassemblée qu’en ses désirs de singularisme.

               Les voies de la mélancolie sont impénétrables.
                    
                    (numéro de mai 2007)
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par Trémalo publié dans : notes de lectures, critiques communauté : Poésie française
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Samedi 30 juin 2007
Oeuvres surréalistes du poète et peintre Guy Girard visibles tout l'été à la Galerie Pigments et Matières à Pont-Aven. L'oeil du visiteur est surpris en permanence, cadavres exquis en peinture, tourments en chantiers, souriants désenchantements. Une explosion artistique. 

Voici l'information que l'on trouve sur le site www.charlesfourier.fr :

Guy Girard, peintre et poète, prépare une thèse d’esthétique sur les affinités entre la pensée utopique d’Ernst Bloch et celle d’André Breton. Il est l’auteur de : L’Ombre et la demande, projections surréalistes (Atelier de Création Libertaire, Lyon, 2005) et il collabore régulièrement aux revues Analogon et SURR.
A récemment publié De l'autre côté du pont, les paysages harmoniques. Fourier et le surréalisme - Cahiers, 2006.

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par Trémalo publié dans : Evènements
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Mardi 26 juin 2007
OH est de retour. L'animateur de la défunte revue Quimper est poésie reprend du service. Basé à Pont-Aven, il lance Trémalo, un nom emprunté à la chapelle qui abrite le fameux christ jaune qui a inspiré Paul Gauguin. Voici pour l'anecdote. (...) Pour le reste, sa revue est telle qu'on l'attendait, inspirée et ouverte, avec une ambition afffirmée : "proposer au lecteur différentes esthétiques individuelles, d'ici ou d'ailleurs, et donner à lire et à voir les démarches poétiques multiples qui alimentent, de fait, les surcroîts de réalité au monde ambiant" .........particulièrement roboratives, les notes de lecture n'hésitent pas à déborder sur "le champ plus large de ce qui peut toucher aux courants poétiques, à leurs rivalités"
Longue vie à Trémalo. 
(Bruno sourdin, Ouest-France, septembre 2006

En ce début de siècle, bien peu de revues voient le jour. la tendance est plutôt à la disparition de titres. Dans ce contexte, il convient de saluer la naissance de Trémalo, car il faut bien du courage et de la ténacité pour créer une parution qui dure plus d'une saison. (...) l'entretien croisé d'Alain Jégou, Jacques Josse et Michel Dugué livre les pistes de réflexion sur leurs rapports individuels ave le lieu et l'identite (...) "j'habite un mouchoir de poche et je crois que dans des moments qui ne sont pas nuls, l'universel y éternue" résume avec simplicité Michel Dugué.

Marie-Josée Christien, Revue ArMen, 2006.


Article de Bernard Fournier in Aujourd'hui Poème, décembre 2006.

par Trémalo publié dans : Evènements
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Dimanche 24 juin 2007

Nous sommes en juin 2007 et le second numéro de la revue de poésie trémalo vient de paraître.

Citons ici les auteurs qui depuis le numéro inaugural de novembre 2006 nous ont confiés leurs textes inédits :

Dominique Dieterlé, Joanna Haddad, Jean-Luc Le Cleac'h, Marc Le Gros, Thierry Le Pennec, Béatrice Machet, François Rannou, Bruno Sourdin, Laurent Albarracin, Pierre Peuchmaurd, Paul Badin, Benjamin Duval.

Les auteurs qui nous ont accordé un entretien : Jacques Josse, Alain Jégou, Michel Dugué, Anne-Marie Beeckman.

Les illustrateurs : Yann, Jacky Essirard.

Nos remerciements vont à eux bien entendu, ainsi qu'aux abonnés déjà présents et à venir nous n'en doutons pas ! 

Ce site est réalisé par Isabelle Montois Chateauneuf, sans qui rien ne serait arrivé jusqu'ici sur ce bout de toile. Merci ! 

Voici par ailleurs le logo de l'association Kraken :

Nouvelle-image.JPG

 

Membres bienfaiteurs :

Récipiendaire de l'Ordre du Grand Polychrome : Gil Refloc'h

Officiers du Polychrome : Jean-Louis Aven, Jacky Essirard, Alain Jégou

par Trémalo publié dans : Présentation
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Dimanche 24 juin 2007
Georges Perros, dans une lettre à son ami Carl Gustaf Bjurström, donne une partie de sa vision de l’objectif du poème, à la suite de la demande insistante du suédois d’avoir l’avis du motocycliste de Douarnenez  sur sa production poétique :
 
Il suffirait de revoir certains mouvements, qui sont un peu paresseux, me semble-t-il. (…) D’une manière générale, il faudrait durcir, ne pas lâcher.Le poème a tendance à s’écouter, à s’endormir, il faut sans cesse veiller à le redresser, dût-il suivre une ligne droite. Surtout s’il suit une ligne droite.
 
Comment donc, avec Perros, lutter contre cet endormissement du poème ? C’est un peu une question pour un peintre ou un musicien : votre poésie force-t-elle son trait ? Epaissit-elle ou au contraire amincit-elle l’émotion au moment d’écrire ? La ligne droite dont parle Perros impose-t-elle un but ?
 
A.J : Poétiser droit, suivre la ligne fixée, surtout ne pas s’assoupir ni dériver d’un chouia…Walk  the line, comme chantait Johnny Cash, un autre mélo-man, un poète tragique, plus proche des bouseux et des taulards que des happy few et des salonards, ok, mais un sacré poète quand même ! Il a raison notre motocycliste de Douarnenez, en poésie, comme dans la country ou la symphonie, faut pas se laisser aller à la facilité, ne pas ronronner ni tomber dans le genre bluette, toujours sur la brèche, sur le fil du rasoir pour trouver le ton juste, se colleter jusqu’à la dernière rime avec le verbe récalcitrant, lui « filer une bonne trempe » comme disait Léo, afin de lui faire comprendre qui mène la danse. Si tu déroges, dérapes, mollassonnes sur le parcours, tempères sur le discours, t’es foutu !  Décrété bon à lap, même pas à publier chez Gallimuche ! 

JJ : Je ne sais pas. Je suis assez d’accord avec lui. Ce côté incisif, vivant, direct qu’il demande au poème, on le retrouve dans ses textes. Des notes souvent brèves qui vont droit au but. On repère également  cette volonté de casser le rythme – en prenant des raccourcis – dans Les Poèmes bleus et dans Une vie ordinaire.
 
Pour ma part, je n’essaie jamais de forcer le trait. J’écris, simplement. En faisant en sorte de ne pas me laisser emporter par un flux, une émotion qui me ferait perdre le fil de ce que je souhaite le plus concis possible. Je me méfie d’un lyrisme trop débridé, des descriptions à n’en plus finir, de toutes ces circonvolutions qui peuvent créer une grande confusion et donner du mou, du ventre au poème. Le but n’est pas une fin en soi mais il est évident que la route empruntée doit à un moment donné s’arrêter. Après, savoir si le but a été atteint ou pas, c’est une autre histoire. C’est une question de souffle. Le mien est d’ordinaire très court. Si j’essaie de le forcer, je suis pratiquement certain de finir en vrille.
 
A cela s’ajoute la difficulté qu’il y a  (que j’ai) à trouver un minimum de  temps et d’énergie pour écrire le soir en rentrant du travail. Cette autre réalité m’oblige à aller vite, à être bref, lapidaire même.
 
MD : Si le poème dort, c’est qu’il est fatigué. La fatigue du poème est patente. Notons à sa décharge que l’état de relégation où le maintient un environnement hyper marchand a de quoi l’épuiser. Néanmoins le poème qui ne fait que s’enchanter de lui-même est également responsable de cette dormition. Narcisse aussi est un dormeur. Debout les gisants ! – je ne parle pas de ces visages de pierre, défaits et si expressifs, immobiles ils sont dans une dynamique verticale. Comment cette dernière pourrait-elle contaminer les autres ? Nous le savons, ce n’est guère facile. Il ne suffit pas d’un cri, fût-il performatif, ou de tordre comme on entend dire, ici ou là, le cou à la syntaxe. Ce n’est pas nouveau. Ça revient au fil de la faux du temps qui fait qu’une mode coupe la tête à une autre et ainsi de suite jusqu’à la prochaine. Ça donne momentanément à penser à ceux-là qui piaffent d’impatience de penser. Sous les vents dominants de l’heure, les girouettes grincent de fortes déclarations. La question de la ligne droite n’est pas si mystérieuse. Il convient de mettre un pas devant l’autre ce qui, on me l’accordera est malaisé, et d’aller le plus droit possible. Parfois, ça marche.
par Trémalo publié dans : Extraits d'entretiens
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Dimanche 10 juin 2007

 

 

Bon. On ressort le compas. A lire et relire la carte de la poésie qui se dessine sans cesse on se pose la question de l’importance de ses cartographes. 

Après tout, nous sommes entourés dans tous les domaines de spécialistes désintéressés, d’experts de toutes sortes qui s’honorent de leurs classifications. On en reste pas moins seul, comme à chaque retour de la verdure, taillé comme un saule à l’orée du surgissement de ce soleil dans l’eau froide (Françoise Sagan).
 
En Bretagne, c’est bien connu, la maison jouxte la crèche. Les bêtes participent ainsi à l’aisance calorifique de l’endroit. Pratique pour le recyclage immédiat des épluchures humaines. 

Il semble qu’il soit entrepris aujourd’hui dans le landerneau poétique de ces grands lessivages destinés à enfin grossir un lectorat qui, d’après certaines sources, n’attend que cela. On diversifie donc les moyens de diffusion, on recycle, on sonorise avec des murs d’amplis.
 
Quel est donc le noyau à briser, la matière de cette fission indispensable ?

 A trémalo, nous n’avons pas de réponse précise, c’est bien le moins si nous voulons faire durer un peu une source de propositions poétiques diverses. 

François Rannou, dans son texte Une littérature de refondation (1), constate que l’identité est devenue un produit à bon compte, la Bretagne un lobby culturel, économique et politique, sur papier glacé.
 
Que pouvons-nous y faire, ici à trémalo, en poésie ?
 
Sinon proposer au lecteur différentes esthétiques individuelles, d’ici ou d’ailleurs, hors du champ des définitions de nos faiseurs d’identité, donner à lire et à voir les démarches poétiques multiples qui alimentent, de fait, les surcroîts de réalité au monde environnant.
 
Pierre Peuchmaurd, un jour, a écrit (à peu près) que nous avons malheureusement désappris le langage des oiseaux ; il ne tient qu’à nous de le redécouvrir.
 
Serions-nous si supérieurs que nos théories l’emportent sur le sens ? 

Olivier Hobé 

(1) in revue Europe, mai 2005. 

 

par Trémalo publié dans : Trémalo Septembre2006 Extraits
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Samedi 9 juin 2007
                                                                          
Retrouvez les encres que l'artiste nous a confié pour trémalo de mai 2007 dans l'album photos à droite, ainsi que les dessins de Yann publiés dans le premier numéro de septembre 2006 
                                                                                                                                     
                                                                                
Jacky Essirard est né en 1949. Après plusieurs déménagements, dont un à Quimper, il vit à Angers depuis 10 ans. Pendant son séjour en Bretagne, il a fondé et animé Quimper est poésie et le Salon de la petite édition. En Anjou, président de l’association Le Chant des Mots qui organise lectures et manifestations autour de la poésie et des nouvelles. 
Dessinateur, graveur et peintre proche des poètes, il a accompagné Guillevic, Bernard Noël, Antoine Emaz, Yves Jouan, Olivier Hobé, Roger Lahu, Joël Bastard, Gil Refloch et bien d’autres dans leurs livres d’artistes.
Il a participé à plusieurs expositions collectives dont :
- Pour Bernard Noël : 90 petits formats - exposition itinérante organisée par la Galerie Remarque – 2000
Bleu : 20 poètes et 20 peintres contemporains - Médiathèque de Bron (69) – Mars 2004
- 30 poètes - 30 peintres contemporains- Printemps des poètes, 2005 (exposition itinérante)
- Hommage à Jean Marcourel (les petits classiques du grand pirate) - Crest (26) - avril 2007
par Trémalo publié dans : Trémalo Mai 2007 Extraits
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Vendredi 8 juin 2007
J'ai lu récemment votre recueil La Liberté inféodée, paru en 1993 chez Myrddin, où l'on vous retrouve clouée sur les portes, tremblante d'achèvement possible, vous dites « Demain revient au même », vous écrivez « Je me couvrais le visage de la plus mauvaise aile./J'étais floue sur les rêves/On avait poussé le cerceau./Je tuais sans arrêt. » Des cadavres, dont certains des vôtres, jonchaient le sol, alors, j'ai envie de vous demander… que sont-ils devenus aujourd'hui ?
 
  Je les ai ramassés. Je me suis ramassée. C'est difficile ce que vous me demandez là. Ce « Je tuais sans arrêt », c'était aussi : « Je me tuais sans arrêt ». Ça ne peut pas durer toujours. 
  Il y a de toutes façons ce cadavre qui m'habite, qui est à l'affût déjà. Plus il se rapproche, moins il me fascine. Pas question de le laisser m'apprivoiser. J'ai des coins secrets où des renards dorment sur des feuilles.

 

par Trémalo publié dans : Extraits d'entretiens
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Jeudi 7 juin 2007
 
Dans le numéro de septembre 2006 de Poésie1 (1), contribuant à un dossier autour de l'image et de la poésie, Jean-Marc Debenedetti rappelle l'affirmation de Ferdinand de Saussure (linguiste suisse, 1857-1913) : « La langue (…) est comparable à une feuille de papier : la pensée est le recto et le son le verso ; on ne peut découper le recto sans découper en même temps le verso, on ne saurait isoler ni le son de la pensée, ni la pensée du son… » Debenedetti en conclut que « c'est donc la langue qui invente la vision que nous avons du monde, et non le monde qui se dévoilerait on ne sait comment, dans une langue réduite alors au seul outil de son expression ». On en arrive à l'analogie. J'aime la définition technique qu'en donne un dictionnaire prit au hasard, du terme analogique : « qui représente, traite ou transmet des données sous la forme de variations continues d'une grandeur physique. Signal, calculateur analogique. » Je pense aussi aux huit poèmes impubliables proposés ici, recto verso, et je me dis que oui, on peut écrire comme on traite, transmettre comme on signale, sans parler du « son » actuel que je trimballe en ce moment en permanence et qui me dit : « quant aux temps, ils ont changé » (2).  
 
Problème des structures, des trous, des touts moins que rien, des moins querien du tout. Le panier en fer à fruits sur la table ne contient que des piles, des clés, rappels et oublis de ce qui fut, déversoir du conservateur analogique. Il y a même là des clés dont je neconnais pas la porte.
D'aucuns feraient une suite de poèmes de leurs portes introuvables dans la topographie des portes signaléespar nos analogues. Aux versos, peut-être, à l'auditeur certes.
Je m'en fous un peu.
L'analogie de théorème, somme toute, au bout du compte, est d'un profond ennui, la nature morte est un tombeau, malgré que l'on ne compte plus ses printemps.
Mieux : je suis souvent surpris par la biche, et c'est la première fois que l'on se voit.

 
Olivier Hobé 

(1) Poésie1, septembre 2006, trimestriel, le cherche midi.
(2) dans une reprise de Bob Dylan par Brian Ferry, 2007.anti_bug_
par Trémalo publié dans : Trémalo Mai 2007 Extraits
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